Laurence Moulinier-Brogi montre que « les monastères apparaissent […] comme un des lieux privilégiés de l’expression d’une culture ou d’une science féminine au beau milieu de la fameuse ‘renaissance du XIIe siècle’ »1. Toutefois, s’intéresser aux cas d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), d’Elisabeth de Schönau (1129-1164) et de Claire d’Assise (1194-1253) biaise un peu la réflexion puisque ces trois femmes ont un statut sans doute assez peu représentatif de celui de la religieuse commune. Deux d’entre elles, Hildegarde et Elisabeth, sont des visionnaires dont les révélations ont eu un fort retentissement depuis leur époque jusqu’à nos jours et deux, Hildegarde et Claire, sont des fondatrices de communautés. Leurs perspectives sont donc tout à fait singulières par rapport à ce que constitue un monastère. Mais c’est précisément dans la façon dont elles articulent leurs originalités et leur appartenance à un monde codifié et prédéfini que tient une partie de l’intérêt des trois personnalités. On montrera cela, après avoir pris le temps de clarifier quelques préalables à la pensée d’une écriture féminine au monastère ou depuis le monastère, en examinant pour chacune de ces femmes les traits les plus spécifiques de leur correspondance, en se concentrant sur ce qui la relie le plus profondément au lieu d’écriture et en occultant volontairement ce qui semblerait moins représentatif. Puis on observera comment les trois moniales conçoivent leur rôle par rapport à leur communauté, ainsi que la possibilité d’édicter une Règle, dans le cas de Claire d’Assise. Il faut aussi remettre les observations faites ici en perspective au sens où elles dépendent en partie de question de conservation des correspondances : toutes les lettres de ces femmes n’ont pas été conservées.
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