La Bienheureuse Vierge Marie est pour l‟Afrique Noire, un modèle de foi, d‟humilité et d‟obéissance à la volonté divine. Sa vie sainte sert d‟archétype aux chrétiens africains, illustrant comment vivre en accord avec le dessein de Dieu. Mais quelle mariologie peut prendre en compte la réalité actuelle de l‟Afrique Noire ? En adoptant une méthodologie orientée vers la pratique pastorale à travers les trois axes (voir-juger-agir), cette recherche permet de mettre en application une mariologie inculturée, visant une transformation positive de la vie ecclésiale en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun. Ainsi, en structurant ce travail en trois parties (soit neuf chapitres), il devient évident d‟africaniser, voire de tropicaliser, notre discours sur la Vierge Marie pour mieux répondre aux défis colossaux du continent noir. « L‟Église est partout chez elle, et chacun doit pouvoir se sentir chez soi dans l‟Église. Ainsi le Christ ressuscité, lorsqu‟il se manifeste à ses amis, prend le visage de toutes les races, et chacun l‟entend dans sa langue » Malgré les souvenirs immarcescibles de la traite négrière et de la colonisation, l‟Afrique Noire a su s‟adapter à l‟Évangile du Christ, ainsi qu‟à la dévotion et au culte marial. La troisième phase d‟évangélisation de ce continent, débutant au XIXe siècle, demeure la plus déterminante et la plus significative. À travers chants, pèlerinages, prières, processions, veillées, etc., les chrétiens africains expriment leur amour ineffable pour la Sainte Vierge Marie. De même, le concile Vatican II, dans le chapitre huit de la constitution dogmatique sur l‟Église, intitulé Lumen gentium, a présenté Marie dans le mystère du Christ et de l‟Église. Plus tard, l‟appel du pape Paul VI à Kampala le 31 juillet 1969, « Africains, soyez vous-mêmes vos propres missionnaires », a éveillé la conscience des théologiens africains à l‟aube du troisième millénaire. Le jubilé du centenaire de l‟évangélisation catholique du Cameroun (1890-1990), focalisé sur l‟inculturation, a été une aubaine de faire un bilan d‟apostolat et de poser les jalons d‟un renouveau théologique, notamment en mariologie africaine. C‟est ainsi que plusieurs théologiens camerounais de renommée internationale, tels que Pierre Meinrad Hebga, Engelbert Mveng, Jean-Marc Ela et Fabien Eboussi Boulaga, ont présenté Marie comme un modèle parfait de foi et de charité dans nos différents milieux de vie. C‟est dans ce processus d‟inculturation que nous entendons exprimer le Dieu révélé en Jésus-Christ par Marie avec les mots de notre terre, de notre identité et de notre originalité. Il s‟agit là d‟une réappropriation de la Révélation dans le contexte africain. L‟élément culturel choisi pour ce travail est la « calebasse », un objet pluridimensionnel par excellence dans la tradition africaine. Sa forme ronde lui confère de multiples fonctionnalités dans la cuisine, la cosmologie, la décoration, l‟art, la musique, etc. Sa pertinence théologique renvoie à des valeurs significatives et des symboles tels que : la maternité, la fécondité, la protection, la générosité, la guérison, la fertilité, l‟hospitalité, etc. Son analogie avec la mariologie en contexte africain, évoque la « rigueur (scientifique) avec laquelle on décrit les phénomènes considérés comme pertinents à l‟étude » de ce travail. Parler donc de la « mariologie de la calebasse » qui constitue la clé de voûte de notre recherche, revient à transfigurer notre regard d‟africains sur la servante du Seigneur, afin de la rendre plus proche de nous. En mettant en avant la vénération mariale avec les éléments de notre culture africaine (langue, danse, iconographie, vêtements, décorations, architecture, etc.), nous réalisons un pas décisif à l‟essai d‟une théologie de l‟inculturation vivante. La « mariologie de la calebasse » redynamise l‟élan missionnaire au Cameroun, tant au niveau des enjeux (foi au Christ, liturgique, pastoral, œcuménique), qu‟au niveau des perspectives (trinitaire, anthropologique, médiatique, synodale) à l‟horizon 2040. À partir du « vitalisme africain » , l‟objectif est de parvenir à une domestication de la foi au Christ, en vénérant Marie avec les mets de chez nous, pour paraphraser Pierre Meinrad Hebga. Pour une dévotion authentique proche de nos cultures, nous proposons quatre titres mariaux au Cameroun, correspondant à ses quatre aires culturelles : « Marie,Notre-Dame de la forêt », « Marie, Notre-Dame du Sahel », « Marie, Notre-Dame de l‟Océan » et « Marie, Notre Dame des Hauts Plateaux ». Toutes ces applications pastorales, issues de la « mariologie de la calebasse », révèlent une force nouvelle qui libère l‟homme de ses maux quotidiens et conduit à une grande fidélité au Christ par Marie.
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