La restauración ecológica es una de las medidas eficientes para frenar la degradación del medio natural y para mejorar la calidad de vida en zonas semiáridas. A pesar de esta importancia reconocida, la restauración es todavía poco apreciada e incluso rechazada por algunos stakeholders (actores locales). En la perspectiva de mejorar el éxito de la restauración ecológica, este trabajo propone un enfoque multicriterio y participativo basado en la toma de consciencia colectiva sobre el papel de la restauración en la mejora de la provisión de servicios ecosistémicos. Hemos aplicado este enfoque en la zona de Béni Boufrah, situada en el Rif Central marroquí, donde las condiciones biofísicas desfavorables combinadas con la fuerte presión humana sobre el medio exacerban la degradación de los recursos naturales, justificando la intervención urgente. Para orientar la elección de las intervenciones, hemos considerado cinco usos de suelo diferentes: el bosque de Arar (Tetraclinis articulata) y la repoblación del pino carrasco (Pinus halepensis), como posibles metas de la restauración, los cultivos mixtos de almendro y cereales y los cultivos de chumberas, como intervenciones agrícolas, y el matorral bajo, reflejando una situación de perturbación y abandono del terreno. La estimación de las prioridades de intervención en términos de servicios ecosistémicos se hizo de manera participativa, considerando la opinión de 67 stakeholders que incluían 19 científicos y gestores, 20 colaboradores y 28 usuarios directos de los recursos naturales. A pesar de algunas diferencias leves entre los tres grupos, observamos un elevado nivel de concordancia entre los tres grupos sobre la necesidad de dar la prioridad a la provisión de agua, y a los servicios de regulación y suporte, como el control de la erosión, la regulación de las inundaciones y el mantenimiento de la fertilidad del suelo. El nivel de coherencia cardinal y ordinal de los juicios de científicos y gestores resultó parecido al de colaboradores y usuarios directos, lo cual demuestra que las preferencias de estos últimos no deben ser omitidas en el proceso de establecimiento de prioridades. Según el análisis multicriterio de los cinco usos en base a los 17 servicios, el bosque del Arar proporciona el nivel más alto de provisión integrada de servicios ecosistémicos, seguido por las chumberas y los cultivos de almendro y cereales. La ordenación directa de los cinco usos por los mismos stakeholders y las discusiones mantenidas durante un taller participativo posterior permitieron validar los resultados del análisis multicriterio, mostrando que los stakeholders locales eran conscientes de la importancia de la conservación y la restauración de los bosques del Arar, pese a que su primera elección se inclinaba hacia los cultivos de almendro y cereales. La ordenación directa mostró que la repoblación con pinos es muy poco valorada por los tres grupos de stakeholders. Pensamos que un buen uso del enfoque multicriterio y participativo propuesto requiere la disponibilidad de datos cuantitativos sobre los servicios ecosistémicos evaluados, y la adopción de un lenguaje, sencillo y preciso a la vez, ilustrando la noción de estos servicios al conjunto de los actores involucrados. Pensamos también que la aplicación de este enfoque a una escala mayor por la administración forestal permitiría aportar más aclaraciones sobre los factores que conllevarían una mejora de la aceptación, del éxito y de la sostenibilidad de las acciones de restauración.
La restauration écologique est l’une des mesures efficaces pour pallier à la dégradation du milieu naturel et pour améliorer la qualité de la vie humaine dans les zones semi-arides. Malgré cette importance reconnue, la restauration reste peu valorisée voire refusée par certains stakeholders (acteurs locaux). Dans la perspective d’augmenter les chances du succès de la restauration écologique, ce travail propose une approche multicritère et participative qui se base sur la prise de conscience collective du rôle de la restauration dans l’amélioration de la provision des services écosystémiques.
Nous avons appliqué cette approche pour la zone de Béni Boufrah située au Rif Central marocain où la dégradation avancée des ressources naturelles justifie le recours à des interventions environnementales urgentes. Pour orienter le choix de ces interventions, nous avons considéré cinq options des usages du sol: les forêts de thuya (Tetraclinis articulata), les plantations du pin d’Alep (Pinus halepensis), les cultures d’amandier sur céréales, les champs du figuier de barbarie et le matorral bas.
L’estimation des priorités d’intervention en termes de services écosystémiques a été faite de manière participative en considérant l’opinion de 67 stakeholders incluant 19 scientifiques et gestionnaires, 20 collaborateurs et 28 usagers directs des ressources naturelles. Il y avait une certaine convergence entre les trois groupes sur la nécessité d’accorder la priorité à la provision de l’eau et aux services de régulation et de soutien, plus particulièrement le contrôle de l’érosion, la régulation des inondations et le maintien de la fertilité du sol. Le niveau de cohérence cardinale et ordinale des jugements des scientifiques et gestionnaires était similaire à celui des collaborateurs et des usagers directs, ce qui prouve que les préférences de ces derniers sont assez précises qu’il ne faut pas les négliger dans la phase d’établissement des priorités.
L’analyse multicritère des cinq usages à la base des 17 services a montré que les forêts de thuya constituent l’usage qui assure la provision globale des services écosystémiques la plus élevée, suivies du figuier de barbarie et des cultures d’amandier sur céréales. Le classement direct des usages du sol par les même stakeholders et les discussions menées lors d’un atelier participatif ont permis de valider les résultats de l’analyse multicritère et ont révélé que les stakeholders locaux étaient conscients de l’importance de la conservation et de la restauration des forêts du thuya quoiqu’ils préfèrent en premier lieu les interventions basées sur les cultures d’amandier sur céréales. Le classement direct a également montré que les plantations du pin d’Alep n’ont été que très faiblement appréciées par les trois groupes de stakeholders.
Pour passer de la théorie à la pratique, nous avons mis en œuvre un projet de restauration participative du thuya dans une parcelle pilote d’un hectare sise dans la commune de Béni Boufrah. Le projet a un triple objectif : technique, social et éducatif. En total, 142 plants du thuya et 108 plants du lentisque ont été plantés par 90 participants représentant différentes composantes de la société. Seuls les agriculteurs restaient réticents à l’initiative. Deux ans après plantation, la parcelle n’a pas subi d’actes de pâturage ou de vandalisme et elle commence déjà à présenter des signaux d’amélioration du fonctionnement de l’écosystème.
Nous pensons que la bonne mise en œuvre de l’approche multicritère et participative proposée passe par la disponibilité de données quantitatives sur les services écosystémiques évalués. Ces derniers requièrent l’adoption d’un langage bien adapté à l’ensemble des acteurs concernés. Nous pensons aussi que l’application de cette approche à une échelle plus grande par l’administration forestière permettrait d’améliorer les niveaux d’acceptation, de réussite et de durabilité des actions de restauration.
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