París, Francia
This paper offers a reflexive approach on research conducted in (post)colonial Caribbean cultural formation. It starts from the issue raised both by the narratology paradigm in anthropology and by post- or decolonial critique, which have questioned the position of the author with regards to the text, as well as the asymmetry found in the relationship between the researcher and her/his interlocutors. The focus is placed on the “post-fieldwork” writing phase. It is argued that within the academic sphere, the decolonization of knowledge exists through two interdependent orders. One, rather internal to the discourse produced in this sphere, permits the deconstruction of colonial categories to a certain extent, provided that the normative discursivity of the postcolonial moment is carried out. The other, rather external to the discourse, deals with the context of enunciation of the discourse. It ensures its acceptability, as well as its proper circulation and reception within the “scientific community”. In the latter case, decolonization may seem illusory insofar as knowledge projects do not effectively reach the colonial aspect of knowledge production bodies. The analysis is mainly based on research conducted by the author. It begins with a description of the socio-epistemic frame of this research. Then, it draws on the example of a study on the memory of slavery in Martinique. Finally, it inevitably leads to the review of these two “orders of discourse” with regards to the decolonization of knowledge, in order to discuss the “decolonizing” illusion and the disenchantment that they reverberate when the enunciative space does not seem to be much different from the one established by the coloniality/modernity of knowledge.
Partant du questionnement entraîné à la fois par le paradigme narratologique en anthropologie et par la critique post ou décoloniale qui ont remis en cause la place de l’auteur dans le texte et la dissymétrie de la relation qui lie le chercheur à ses interlocuteurs, cet article propose un retour réflexif sur des recherches conduites en milieu (post)colonial antillais. Il s’intéresse avant tout à la phase scripturale « post-terrain ». Il postule qu’il existe deux ordres interdépendants de « décolonisation » des savoirs dans la sphère académique elle-même. L’un, plutôt intérieur au discours produit dans cette sphère, autorise une certaine déconstruction des catégories coloniales à partir du moment où est pratiquée la discursivité normative du moment postcolonial. L’autre, plutôt extérieur au discours, concerne le contexte d’énonciation de ce dernier et en assure l’acceptabilité, la circulation et la réception au sein de la « communauté scientifique ». Pour ce dernier ordre, la décolonisation en question peut apparaître illusoire dans la mesure où les projets de connaissance n’atteignent pas véritablement les instances de production du savoir dans la part de colonialité qu’elles contiennent. L’analyse s’appuie principalement sur les recherches de l’auteur. Elle décrit d’abord leur socle « socio-épistémique » puis prend pour exemple une étude sur la mémoire de l’esclavage à la Martinique. Elle aboutit à la reprise nécessaire de ces deux « ordres du discours » de la décolonisation des savoirs pour en discuter l’illusion « décolonisatrice » et le désenchantement qu’ils répercutent quand l’espace d’énonciation n’apparaît guère différent de celui fondé par la colonialité-modernité du savoir.
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