Les textes de Michel Houellebecq, à maints égards, constituent une provocation voulue, une infraction ’stratégique‘ aux règles de la ’political correctness‘. Les narrateurs houellebecquiens, ’désillusionistes‘ professionnels, font étal d'un ’scepticisme‘ radical – qui peut aussi servir d'’alibi‘ narratif et idéologique, permettant de ’réhabiliter‘ le cliché le plus trivial, de le re-découvrir comme une ’vérité‘ nouvelle. Cet essai analyse ce ’double jeu‘ à partir de la stéréotypie antisémite – assez ’discrète‘, comparée à l'usage d'éléments de discours misogynes – dans Extension du domaine de la lutte. Un des protagonistes du roman, le très laid et très ridicule Raphaël Tisserand, hanté par une obsession sexuelle éternellement frustrée, est juif; un fait que le narrateur apprend par hasard et voue aussitôt à l'oubli, le déclarant ’insignifiant‘, un peu trop vite peut-être. Car en y regardant de plus près, force est de constater que ce triste anti-héros, personnage chroniquement ’déplacé‘, est pourvu de toute une série de traits et surtout de fonctions narratives stéréotypés à l'extrême. Cette analyse montre comment le regard ’désillusioniste‘ sur le monde risque de rester sujet au régime des idées reçues.
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