Depuis l'étude de Nilsson-Ehle (1943), on distingue deux types de conditionnel temporel (〉futur du passé〈) en français: le conditionnel 〉subjectif〈 tel qu'on l'emploie dans le discours indirect et le discours indirect libre et le conditionnel 〉objectif〈 qui exprime une anticipation de la part du narrateur qui connaît déjà la suite de l'histoire qu'il est en train de raconter. Le conditionnel objectif a été considéré parfois comme une particularité (sinon une licence) du style des historiens ou du langage journalistique; son rôle dans la langue littéraire a été peu étudié. Il est facile de constater pourtant que la littérature narrative contemporaine fait un large emploi de ce 〉nouveau〈 temps verbal. L'étude que nous présentons ici se base en premier lieu sur l'œuvre romanesque de Jean Echenoz. Les romans d'Echenoz opèrent en effet une lucide mise en scène des possibilités expressives du conditionnel. Une attention particulière sera dédiée aux passages, fréquents dans notre corpus, qui sont entièrement narrés au conditionnel objectif: on y observe un effacement progressif de sa valeur traditionnelle de 〉futur du passé〈 et une quasi-équivalence, confirmée d'ailleurs par les traductions espagnole et catalane du roman Je m'en vais, du conditionnel et du passé simple. A l'instar du 〉futur historique〈, le conditionnel objectif souligne le caractère dynamique d'une action, mais en même temps il la place souvent dans une atmosphère de virtualité. De cette façon, le 〉conditionnel narratif〈 se prête particulièrement bien aux expérimentations formelles du roman contemporain.
© 2001-2026 Fundación Dialnet · Todos los derechos reservados