París, Francia
Les infants Jacques d’Aragon et Louis de France, respectivement fils aînés de Jacques II d’Aragon (1291-1327) et de Charles VII (1422-1461), ont des parcours qui ne se ressemblent guère. Le premier est surtout connu des chroniqueurs et des historiens par un acte d’éclat[1]. Le 17 octobre 1319, lors de la célébration à Gandesa de son mariage avec la princesse Éléonore de Castille, après que la messe est dite, Jacques d’Aragon s’enfuit et fait échouer l’union actée avec le royaume voisin depuis une décennie. Il renonce ensuite à la succession et entre dans les ordres. Cent-vingt années plus tard, au retrait du monde, le dauphin Louis, futur Louis XI (1461-1483), préfère sans ambages le pouvoir.[2] Il est même impatient de l’exercer, et les tensions avec son père Charles VII s’exacerbent. En 1440, le jeune Louis se lie dans la Praguerie à des princes contre le roi de France; il négocie ensuite son propre mariage, avec Charlotte de Savoie, à l’insu de Charles VII; de 1456 à 1461, exilé en Brabant, sur les terres et souvent à la cour du duc de Bourgogne Philippe le Bon, il attend la mort de son père, entretient des correspondances et échange des messagers avec de nombreuses puissances. Ces deux trajectoires, l’une particulièrement erratique, l’autre, qui l’est aussi, mais tout entière tendue vers le pouvoir, témoignent, selon des modalités presque opposées, de l’importance potentiellement décisive des princes héritiers dans les échanges avec l’étranger à la fin du Moyen Âge. Leur rôle dans la diplomatie est l’objet de ce dossier thématique de Medievalista. En guise d’introduction, l’on procédera ici en quatre temps. Après des considérations préliminaires sur le vocabulaire employé, l’on situera l’action diplomatique des princes héritiers dans un cadre comparatiste, avant de revenir au cas de l’infant Jacques d’Aragon, pour aboutir enfin à un questionnaire de portée générale.
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